Journée d'étude du CERLI -
samedi 4 juin 2005
Ecole Normale
Supérieure, Salle Dussane
Représentations du corps dans le fantastique et
la science-fiction
(littérature et arts visuels): figures et fantasmes (II)
Résumés
1) Corps fantastique et psychisme : trans-figurations
Claire Garand
L'érotisation du corps féminin comme vecteur de fantastique chez André
Hardellet
Oeuvres : Le seuil du jardin (1958), Lourdes, lentes (1969),
Lady Long Solo (1971)
Je pars du constat que plusieurs romans d'Hardellet
s'attardent sur la représentation du corps féminin dans un but bien
précis : ces corps sont représentés de manière très érotisée pour mettre
en évidence l'émerveillement très puissant qu'ils provoquent chez les
autres personnages au point de faire vaciller les frontières entre le
réel et l'imaginaire et entre les temporalités. C'est ce mode d'action
que je me propose d'analyser principalement à travers la représentation
du personnage de Lady Long Solo dans le récit éponyme, des baigneuses
d'Idalie dans Le seuil du jardin et de Germaine dans Lourdes, Lentes, le roman qui lui a valu une condamnation pour outrage
aux bonne moeurs en 1974. Dans ces récits, j'étudie plus particulièrement
le double effet provoqué par la représentation érotique : d'une part
l'effacement des frontières et d'autre part la création d'un pont entre
les dimensions réelle et imaginaire. J'analyse les modes de représentations
principalement utilisés pour parvenir à ce résultat : suggestion
sensuelle du non-représenté ou simultanéité de toutes les représentations
d'une même femme. Je montre que ces deux modes relèvent d'un présupposé
identique : une conception particulière du réel en plusieurs dimensions
éparpillées dans le temps que l'émerveillement devant le corps féminin
permet de faire communiquer. Lorsque le réel retrouve sa plénitude il
touche au fantastique. Le corps érotisé n'est donc qu'un instrument
au service de la mise en place du fantastique.
Michael Cowan
BTWH: The Emergence of Modernity, Vienne
Alfred Kubin et l'art fantastique comme « psychographie »
Ouvres traitées : Alfred Kubin, L'autre côté (Die andere Seite) et
sélection de dessins
Romancier, dessinateur et illustrateur de livres, Alfred
Kubin (1877-1959) est sans doute le plus connu des représentants autrichiens de
l'art fantastique. Dans cette communication, je me propose d'analyser sa
conception de l'esthétique fantastique conception tout à fait
« corporelle » en m'appuyant sur une lecture de son roman célèbre Die
andere Seite (L'autre côté, 1909), ainsi que de certaines de ses illustrations.
Mon interprétation se concentrera, en particulier, sur la notion de
« psychographie » (Psychographik) proposée par le narrateur du roman (qui est, comme l'auteur lui-même,
illustrateur de littérature) pour désigner sa propre activité artistique. Comme
l'étymologie du mot le suggère, la « psychographie » équivaudrait à
une traduction de données psychiques en dessin ou, selon une autre formule de
Kubin, à un « sceau de l'âme » (Siegelabdruck der Seele). Or, une telle objectification de l'âme ne peut pas
se produire dans un art réaliste ; comme Kubin l'explique dans un autre
texte sur son activité d'illustrateur, il faut plutôt une esthétique
« symbolique » par lequel l'artiste « donne corps » aux pensées
qui le hantent. Die andere Seite se
laisse interpréter voilà une de mes thèses précisément comme la
représentation d'une telle « mise en corps » des données
psychiques : dans le récit fantastique du narrateur, les corps raffinés du
« peuple aux yeux bleus » (Blauäugigen) qu'il rencontre lors de son séjour dans le
« royaume des rêves » (Traumstaat), ainsi que le corps de leur rival, l'entrepreneur
sportif « Herkules Bell », symbolise des états d'âme ou des
phénomènes spirituels propres au narrateur. Autrement dit, la représentation
des corps dans Die andere Seite suit
une logique allégorique. En effet, dans sa mise en scène de la bataille
apocalyptique entre Bell et le roi du royaume fantastique, Patera, Kubin
reprend la forme allégorique la plus célèbre du Moyen Âge : celle de la
« Pyschomachie » de Prudentius, où le narrateur raconte des batailles
entre des personnages symboliques incarnant des forces antagonistes dans son
âme. Comme dans les manuscrits de Prudentius, les illustrations chez Kubin font
partie d'une esthétique sensuelle, voire « corporelle », qui ne
s'adresse pas à l'intellect du lecteur, mais à son imagination (Fantasie
en allemand), lui fournissant une sorte de
théâtre interne pour « donner corps » aux forces psychiques.
Pourtant, si la stratégie allégorique de Kubin remonte au
Moyen Âge, Die andere Seite ne
représente pas pour autant une tentative d'échapper au monde moderne en se
réfugiant dans un passé lointain. Au contraire, tandis que les personnages de
la « Psychomachie » représentent des vices et des vertus médiévaux,
Herkules Bell et Patera incarnent des pôles d'un débat central à l'époque de
Kubin, débat directement impliqué dans la production et l'interprétation des
corps autour de 1900 : à savoir le
débat qui oppose l'esthéticisme contemplatif et « neurasthénique »
cultivé par les artistes à la fin du 19ème siècle à la
valorisation de l'énergie et de l'action incarnée par Bell. De même, la notion
d'une objectification « corporelle » des données de l'âme fait
elle-même écho à un discours actuel au début du vingtième siècle. Dans
leurs célèbres « Etudes sur l'hystérie » (Studien über
Hysterie) de 1895, Josef Breuer et Sigmund
Freud décrivent en effet les symptômes corporels des hystériques précisément
comme des objectifications « allégoriques » des traumatismes
psychiques qui possèdent leurs patients. Or, cette sorte de
« possession » se retrouve au centre du récit de Kubin, où Patera et
Bell exercent tous deux une force hypnotique mystérieuse sur les habitants du
royaume des rêves, et en
particulier sur le narrateur. En poursuivant cette question de l'hypnose et de
la possession dans le roman, je voudrais donc montrer que la question de la
« psychographie » chez Kubin est étroitement liée à un discours
scientifique sur le corps autour de 1900.
Regina Patzak
VHS IX, Vienne
Les cheveux blancs dans la nouvelle L´Auberge
de Maupassant: question de fantasme, de folie ou de jalousie ?
Basé sur la nouvelle maupassantienne L´Auberge ( 1886), le thème du double typique de la littérature
fantastique du XIXe siècle sera étudié sous l´angle de la métamorphose d´un
jeune homme qui devient vieillard avec ses cheveux blancs.
Les cheveux renferment la force de l´homme et leur
importance se reflète dans beaucoup d´expressions dans plusieurs langues ( un
cheveu dans la soupe etc. ) .
Plusieurs tableaux ( comme l´illustration « Le
Horla » de Julian- Damazy, « Le Portrait de Dorian Gray »,
« Le Portrait Double » de Hans von Marées ) reprennent la métaphore
du miroitement et du miroir modifiés dans notre ouvre puisque le jeune Ulrich
perd son ami, le vieux Gaspard dans la neige. Dans notre cas, la duplicité fait
place à la scission. Le double réel existe avant la disparition de Gaspar, dans
le sens que deux personnes vivent dans l´auberge.
Le double par substitution se mêle au double par
introspection comme la peur de la solitude se transformera en hallucinations et
en folie.
La question, sans doute grâce à Freud et ses explications de
l´alter ego, restera universel et
intemporel.
Dans une approche psychologique - littéraire, on prendra en
considération le décor de l´histoire ( le glacier, la neige , l´hiver ) et les
couleurs significatifs . En particulier le tableau « Les 3 sphinx de
Bikini » de Salvator Dali ( 1949 ) reprend l´opposition été/ hiver - vert/
blanc - jeune / vieux et méritera notre regard artistique, comme transposition
surréaliste de notre sujet.
2) Le corps fantastique : autour de Borgès
Laurence Kohn-Pireaux
Université Nancy 2
Le Corps et Livre maudits dans quelques contes fantastiques d'Howard
Phillips Lovecraft et de Jorge Luis Borges
En 1974 paraît, dans le recueil borgésien intitulé Le
Livre de sable, une nouvelle, ou conte
fantastique, en hommage à l'écrivain Howard Phillips Lovecraft, "There
are more things". Bien qu'il ne soit
pas question de revendiquer une influence décisive de Lovecraft sur Borges, on
peut dire que "le reclus de Providence" laisse néanmoins son
empreinte sur l'écrivain argentin, en particulier grâce à l'évocation d'un
Livre étrange, unique et maudit : le Necronomicon est l'un de ces Livres tant recherchés dans l'ouvre
de Lovecraft. Or ce Livre, chez les deux écrivains, entretient une
étroite connivence avec le corps de certains personnages dont le rôle réside
précisément dans la quête de celui-ci. Si
le corps, dans les ouvres de Borges et de Lovecraft, a été étudié sur un plan
psychologique et psychanalytique (travaux de J. Woscoboinik et D. Anzieu sur
Borges; travaux de William Schnabel sur Lovecraft, pour ne citer que quelques
critiques), il l'a moins été, en revanche, sur cette étrange filiation entre le corps et le Livre. Le livre semble faire
partie du personnage : chez Borges, le personnage est en quête du Livre des
Livres depuis l'éternité ("La Bibliothèque de Babel"), et son corps
accepte le mal-être permanent, à cause du Livre : il justifie la quête et
les souffrances physiques et morales qui l'accompagnent. Dans L'Abomination
de Dunwich, le personnage du jeune Whateley
est sous l'emprise, guidé son grand-père et par son père maudit, du savoir
recelé notamment dans le Necronomicon, savoir qui justifie, là encore, son existence car il est la condition
de celle-ci.
Une forme de déterminisme est à l'ouvre : dans Le
Festival (1923), le narrateur, de retour à
Kingsport, près d'Arkham, est attendu par de lointains ascendants, et son corps
semble reconnaître les étranges pratiques, la célébration inquiétante autour du
Necronomicon, par exemple ;
des phénomènes de paramnésie similaires, toujours à propos du Livre, sont
repérables dans l'ouvre lovecraftienne. Dans L'Affaire Charles Dexter
Ward (1927), le corps du narrateur subit
une mutation hideuse et inquiétante, en même temps qu'il est possédé par son
ancêtre, le sorcier Joseph Curwen. Les narrateurs borgésiens quant à eux, s'ils
ne se transforment pas en créatures reptiliennes, deviennent malades par le
contact avec le Livre interdit ("Le Livre de sable"), objet qui
menace leur intégrité physique et mentale, alors même qu'ils savent souvent que
leur destin est de rester, comme le dit le titre d'un poème de Borges "Le
Gardien des livres". Corps et Livre fusionnent donc, en raison d'un passé
obscur, mais lointain et puissant. Le Livre, en outre, est lié - comme par un
cordon ombilical - au corps qui lui appartient et réciproquement : le Livre
magique et démoniaque possède souvent une reliure en peau humaine chez
Lovecraft ; bien plus, chez les deux auteurs, il paraît doué d'une vie
propre, notamment parce qu'il est capable d'exercer une influence décisive sur
ses détenteurs.
En amont, le phénomène se poursuit. Le personnage est en
quête d'un double, et plus généralement d'immortalité, qu'il cherche dans le
Livre ; grâce au Livre, son corps se dédouble et parfois se démultiplie,
phénomène sensible chez Lovecraft, que Borges reprendra et auquel il donnera
une dimension plus vertigineuse; mais la possession, même partielle, du Livre
sonne alors pour le corps comme une condamnation. Whateley dans L'Abomination
de Dunwich meurt dans des circonstances
atroces, après avoir trouvé une partie des pages qu'il recherchait avec une
frénésie confinant à la folie. Dans "Le Sud" de Borges, le livre
emporté par le narrateur (autre version du Livre infini, puisqu'il s'agit des Mille
et Une Nuits) le mène vers une issue
fatale. Dans "Le Jardin aux sentiers qui bifurquent" (Fictions), le livre qui contient tous les autres, découvert
par un orientaliste de génie, le conduit à la mort. Après avoir composé son
Ouvre, et peut-être tous les chefs d'ouvre de l'univers, Homère appartient
"à la race bestiale des Troglodytes", "à la peau grise, à la
barbe négligée, nus", qui vivent dans des grottes, se nourrissent de
serpents, et semblent avoir perdu l'usage de la parole. La différence, ici,
avec les personnages de Lovecraft, c'est qu'Homère a davantage choisi son
destin ("L'Immortel", L'Aleph).
Cette forme de "fatalité" réunissant le corps et
le livre mérite donc d'être examinée selon une perspective comparatiste qui
interroge finalement l'esthétique des
deux auteurs. Car ce corps malmené, voué à la destruction, et ce Livre chimère,
dont on ne peut jamais posséder la totalité, constituent tous deux la face bifrons de la figure auctoriale ; ils mènent à une
réflexion, plus élaborée chez Borges que chez Lovecraft, sur le
statut de l'écrivain face à l ouvre littéraire.
Rêve d'immortalité sans doute pour Lovecraft, mais qui reste à l'état
fantasmatique et d'ébauche quant à l'intégration de la réflexion
esthétique ; quête qui se sait vouée à l'échec, mais qui trouve
précisément sa raison d'être dans le fait qu'elle est quête sans espoir chez
Borges, et qui, pour cette raison même, doit être poursuivie à n'importe quel
prix, se réfléchissant dans l'ouvre.
Corpus :
Lovecraft, Howard
Phillips, Ouvres Complètes, 3 vol., Robert Laffont, coll.
"Bouquins", 1991.
Tome I
La Cité sans nom (The Nameless City, 1921)
Le Festival (The Festival) 1923
L'Affaire Charles Dexter Ward (The Case of Charles Dexter Ward, 1927
Tome II
Le Livre (The Book),
1934
Borges, Jorge Luis, Ouvres
Complètes, Gallimard, coll. "la Pléiade" t. I et II, 1993
Fictions
(1944) :
"La Bibliothèque de
Babel" (1941), reprise de "La Bibliothèque totale" (1939)
"Le Jardin aux sentiers qui
bifurquent" (1941-1942)
"Le Sud" (1953)
L'Aleph (1949) :
"L'Immortel" (1947)
"Biographie de Tadeo Isidoro
Cruz" (1944)
Le Livre de sable
(1975) :
"L'Autre" (1974)
"There are more things" (1974)
"Le Livre de sable"
(1974)
éd. espagnole
de référence : Obras Completas, Emecé
ed., t. I, II, III, 1989.
Benoît Trudel
University of Western Ontario, Université Stendhal - Grenoble III
Corps simulés, corps imaginés : la problématique de l'existence
abstraite dans les récits de Silvina Ocampo et de Adolfo Bioy Casares
Silvina Ocampo et Adolfo Bioy Casares, deux écrivains
du XXe parmi les plus importants en Argentine, partagent certaines stratégies
d’écriture exemplaires d’une tendance propre à
un groupe d’artistes sud-américain ayant comme chef de
file Jorge Luis Borges. Dans le cadre de la conférence proposée,
j’exposerai mes recherches sur deux œuvres, L’invention
de Morel (1940) et « L’imposteur » (1948), en
démontrant que chacune propose à sa manière la
mise en question d’une présupposition des plus fondamentales.
En effet, L’invention de Morel de Adolfo
Bioy Casares et « L’imposteur » de Silvina Ocampo
offrent deux alternatives à une évidence donnée
: celle de la nécessité du corps dans l’équation
de l’existence humaine. Dans le roman de Bioy Casares, une existence
sans corps est permise via le simulacre généré
par un dispositif technologique. En revanche, dans le récit d’Ocampo,
c’est la folie d’un personnage qui rend possible l’existence
du narrateur. Dans les deux cas, le corps apparent (ou le « faux-corps
») se substitue bel et bien au corps biologique et « concret
» qui, lui, en perd sa valeur primordiale.
C’est par une lecture rapprochée des textes
en question que j’explorerai les méthodes utilisées,
les dispositifs employés et surtout les significations que l’on
peut tirer d’une mise en question de la nécessité
du corps : implications altruistes, ambivalence des frontières
catégorielles, etc.
C’est ainsi que les récits d’Ocampo
et de Bioy Casares, puisqu’ils rappellent l’importance de
la littérature pour déstabiliser les croyances les plus
enracinées du lecteur, déversent de –et contribuent
à– ce qui semble être un commentaire collectif des
auteurs réunis autour de Borges.
3) Le corps fantastique au cinéma
Pierre-Olivier Toulza
Doctorant en études cinématographiques et audiovisuelles,
Université Paris III
Le corps spectralisé dans le cinéma fantastique : l'exemple de Clint
Eastwood metteur en scène
Lié depuis son origine à la représentation du corps humain
(chronophotographies de Etienne-Jules Marey, phonoscope de Georges Demenÿ), et
présentant des affinités avec le fantastique qui ne sont plus à démontrer, le
cinéma est un lieu d'étude privilégié de la représentation du corps dans le
fantastique. Cependant, la figuration du corps dans le cinéma fantastique
métamorphoses chez Tourneur, mutations chez Cronenberg, monstres chez Browning,
vampires chez Murnau et Fisher, etc loin d'être propre au cinéma, trouve
origine et échos dans d'autres arts, notamment la littérature. Posant
l'hypothèse, avec Nicole Brenez,
que « le cinéma est susceptible aussi de produire des corps sans
modèle », nous nous intéressons ici à l'ouvre d'un cinéaste qui, pour être
habituellement considéré comme travaillant les genres classiques hollywoodiens
que sont le western ou le film policier, n'a cependant jamais cessé
d'approfondir une veine fantastique plus secrète, et d'interroger sans relâche
le lien entre le visible et l'invisible, entre les vivants et les morts. Il
s'agit ici d'étudier la figure du spectre, récurrente dans le cinéma
d'Eastwood, irréductible à tout modèle et surtout débarrassée de toute
dimension spectaculaire : le spectre eastwoodien ne comble pas son manque
d'être par une surenchère visuelle.
En s'appuyant sur les implications de la polysémie du mot
« spectre », on peut distinguer les principales caractéristiques du corps
spectralisé :
Souvent privé de nom et donc marqué par deux carences
(absence de passé, notamment familial, et d'ancrage spatial), le spectre a pour
fonction de démultiplier le même, en se jouant des costumes, des masques, et
des changements de visage.
Le lien du personnage spectral avec la mort s'affirme par
l'épreuve de la torture ou de la « mise à mal du corps », qui met en
jeu la déconstruction et la destruction symboliques du corps et aussi de
l'image d'un acteur parfois considéré comme trop lisse.
Constitutive de la spectralité, l'errance est le mode
d'accomplissement ou de perdition du héros eastwoodien. Cette errance est
indissociable du motif volontiers fantastique de la voiture, éternel contenant
du corps spectralisé.
Enfin, lié en cela à un des sujets majeurs du cinéma
fantastique, le spectre eastwoodien trouve son mode d'incarnation dans une
alternance d'apparitions et de disparitions qui a pour corollaire le jeu de
l'acteur, fondé sur la prégnance du seul regard et sur une forme de disparition
du corps du comédien, volontiers statique et peu expressif.
Corpus d'étude :
High Plains Drifter (L'Homme
des hautes plaines, Clint Eastwood, 1973)
Firefox (L'Arme
Absolue, Clint Eastwood, 1982)
Pale Rider (Le
cavalier Solitaire, Clint Eastwood, 1985)
Vanessa in the Garden
(Vanessa, Clint Eastwood, 1985)
A Perfect World (Un
Monde Parfait, Clint Eastwood, 1993)
Absolute Power (Les
Pleins Pouvoirs, Clint Eastwood, 1997)
Thibault Franck
Doctorant en Littérature Générale et Comparée de Paris
III-Sorbonne Nouvelle
Humain/inhumain : la question de l'oil dans Blade Runner de Ridley Scott
Dans le film de Ridley Scott, Blade Runner (1982), assez libre adaptation d'un roman de Philip
K. Dick, Do Androids Dream of Electric Sheep (1968), la question de la représentation du corps est
tout à fait centrale dans la mesure où c'est elle qui marque la frontière entre
humains et Répliquants, c'est-à-dire entre humain et non-humain, entre corps le
corps naturel de l'homme et celui, synthétique, de ses créatures. Or cette question
de la représentation s'articule autour du motif de l'oil qui, du début à la fin
du film, du gros plan d'un oil dans lequel se reflète Los Angeles jusqu'à la
réplique finale de Roy Batty, invite le spectateur à s'interroger sur les
rapport entre humain et non-humain, et au-delà entre humain et inhumain. Car ce
motif récurrent de l'oil permet à Scott, en nous faisant passer de eye à I,
de poser une question qui, à l'heure du clonage, n'a rien perdu de son
actualité : qu'est-ce que l'humanité ?