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Ce que le récit ne dit pas
Journée d’études de l’Ecole
doctorale 120
11 Juin 2010
Université Paris III – Sorbonne nouvelle
Si l’art occidental du récit semble s’être construit
autour des notions de causalité et d’enchaînement logique
des événements qu’Aristote définit dans sa
Poétique, on peut se demander s’il n’a pas connu des
formes alternatives de narration, en particulier à l’époque
contemporaine. Cette journée d’études s’attacherait
à tenter de déterminer les différents procédés
employés par les auteurs pour inscrire dans leurs textes ces formes
alternatives de narration. On peut proposer comme pistes de réflexion
pour les contributions les axes suivants :
1. Une énigme à résoudre
Les techniques seraient variables et iraient de l’ellipse (l’élément
clef du récit n’est pas fourni mais structure l’ensemble
de l’intrigue) à la répétition (le ressassement
repousse sans cesse l’instant où le sens est délivré)
en passant par le montage (le sens réside dans l’espace absent
entre chaque séquence juxtaposée). Ainsi les nouvelles d’Antonio
Tabucchi, dans son recueil Il gioco del rovescio, fonctionnent souvent
sur ce système d’ellipse : un événement dramatique
s’est produit par le passé, bouleversant la vie du narrateur,
sans que rien ne soit jamais explicitement dit au lecteur (« Lettera
da Casablanca », « I pomeriggi del sabato»). De cette
façon, l’événement est à la fois omniprésent
dans le discours du narrateur et en même temps absent. Un film comme
Inland Empire de David Lynch est, quant à lui, construit non pas
selon une intrigue comportant des éléments situés
à divers moments d’une ligne chronologique mais comme une
sorte d’ensemble de variations sur un thème, sur le mode
de l’analogie, chaque séquence n’étant liée
à la précédente ni par un lien causal, ni par un
lien temporel. Le moment de passage d’un plan à l’autre
est alors un blanc, un vide à combler par le spectateur, qui déçoit
constamment son attente. L’angoisse naît précisément
de cette impossibilité d’anticiper le plan suivant. La liste
de procédés n’est bien sûr pas exhaustive. De
cette façon, le récit se structure autour d’un vide
de sens, de quelque chose qui n’est pas dit, décevant perpétuellement
l’attente du lecteur ou du spectateur.
2. Une énigme sans réponse
Par ailleurs, si certains récits posent un blanc qui peut être
comblé par le lecteur, d’autres au contraire maintiennent
un espace vide qu’il est impossible de résorber par une interprétation
ou une reconstitution de ce qui serait censé manquer dans le texte.
Ce blanc fonctionnerait alors comme une marque de dysfonctionnement, attirant
l’attention du lecteur sans que celui-ci puisse jamais le résoudre.
Ainsi, la nouvelle « Feathers » de Raymond Carver (contenue
dans le recueil Cathedral) montre une situation finale négative
: un couple autrefois harmonieux est désormais en rupture. La femme,
Fran, explique cet état de fait par un épisode antérieur
narré dans le texte, une soirée chez des amis. Mais pour
l’homme, Jack, rien ne peut venir justifier leur vie actuelle, il
est incapable d’y trouver une cause ou bien un début et surtout
pas dans cette soirée passée. De cette façon Raymond
Carver oppose le récit de Fran où les événements
s’enchaîneraient logiquement et le récit de Jack, celui
qui ne peut pas tout dire, où un blanc impossible à combler
reste inscrit. Dans ce cas, si le récit ne peut pas dire, c’est
peut-être parce qu’il n’y a finalement rien à
dire, pas d’explication possible à donner ou bien sous-entendre.
Cette journée d’études souhaite accueillir toute époque,
toute aire culturelle et linguistique. Les études pourront s’attacher
au cas des littératures de genre, comme la science-fiction, et
s’étendre au domaine cinématographique.
Les propositions de communications (5000 signes maximum) sont à
envoyer, accompagnées d’un titre et d’une courte présentation
de l’auteur, avant le 20 mars 2010 aux deux adresses méls
suivantes :
clairecornillon@gmail.com et colin.claire13@gmail.com
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