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C.E.R.L.I Centre d'études et de recherches sur les littératures de l'imaginaire - Université Paris XII |
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Tueurs en série
Les labyrinthes de la chair
ENTRE REALITE, IMAGINAIRE ET PSYCHANALYSE
Thierry Jandrok
Pertuis, Rouge Profond, coll. « Débords »,
mai 2009
Le tueur en série est le dernier des grands monstres. Thierry Jandrok
le rappelle en alternant approches psychiatriques, analyses d’œuvres
littéraires, cinématographiques et télévisuelles,
courts textes de fiction. L’impact qu’il exerce sur le public tient
à sa faculté d’excéder les représentations,
mêlant de façon troublante réalité et fiction, psychologie
et projections imaginaires. Descendant du « guerrier fou » nordique,
du croquemitaine, de Dr. Jekyll et Mr. Hyde, le serial killer est connu
sous sa dénomination actuelle depuis les début des années
1980, le FBI mettant alors en place les premiers programmes d’enquête
raisonnée sur ces tueurs multirécidivistes. Agissant suivant des
modes opératoires engagés à long terme et implacables,
ils évoluent entre archaïsme et modernité, civilisation et
barbarie : ils transforment le quotidien en terrain de chasse, tout en arborant
un masque social (le syndrome du garçon d’à côté),
dévoilent l’envers violent de l’espace urbain. On recourt
volontiers aux figures de l’épouvante pour les qualifier : Ed Kemper,
“l’Ogre de Santa Cruz” ; Peter Kürten, “le Vampire
de Düsseldorf”… Pourvoyeurs de cruautés ritualisées,
animaux-machines dilatant les souffrances, cristallisant les fantasmes les plus
morbides, ils incarnent l’horror (Ed Gein a inspiré Psychose
et Massacre à la tronçonneuse), combinent attraction
et répulsion (à l’image d’Hannibal Lecter et Dexter).
Psychosexuel, prince du Mal, le serial killer domine les productions
de ces dernières décennies. Avec, en point culminant, 1991 : sortie
du Silence des agneaux ; arrestation de Jeffrey Dahmer, tueur le plus
médiatisé ; parution d’American Psycho de Bret
Easton Ellis, livre glaçant. À l’aune d’un monde régi
par les images violentes, le consumérisme, la culture du pire, l’angoisse
sécuritaire, le serial killer renvoie à deux terreurs
essentielles : d’une part, notre moi perçu comme gouffre psychique
: « Qui lutte avec des monstres doit veiller à ne pas devenir un
monstre lui-même. Et si tu regardes longuement l’abîme, l’abîme
regarde en toi. » (F. Nietzsche, Par-delà le bien et le mal.) D’autre
part, la faculté du Mal à se régénérer, à
se banaliser…