C.E.R.L.I

Centre d'études et de recherches sur les littératures de l'imaginaire - Université Paris XII

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Colloque International « Mythes, symboles et imaginaires collectifs »
les 7, 8 et 9 avril 2005 au Centre International des Langues
Université de Nantes

APPEL A COMMUNICATIONS

Il sera essentiellement question dans ce Colloque International réalisé sous l’égide du Groupe de Recherche Nantais du C.R.I.N.I, d’aborder à travers un regard contemporain la question du Mythe ancien et / ou moderne. Au moyen d’une approche scientifiquement souhaitée aussi libre que large, il s’agira de montrer le caractère encore très vivant à l’heure actuelle de certains grands mythes antiques fondateurs, ou de venir témoigner de la présence culturelle tenace au sein de sociétés modernes d’autres traditions mythiques, parfois anciennes et parfois plus récentes, dont certaines restent moins bien connues et qui feront appel aussi bien à l’ensemble gréco-latin qu’à des sources égyptiennes, celtiques, persanes, indiennes, chinoises, japonaises, germaniques, scandinaves, américaines, africaines, amérindiennes ou autres. Mais il conviendra en outre, durant les trois journées précisément destinées à favoriser de riches rencontres pluridisciplinaires et interculturelles, de tenter de répondre à certaines questions toujours en train de hanter l’esprit des hommes sur ce thème passionnant, bien au-delà des seules préoccupations susceptibles de rester celles du lecteur ou du chercheur d’aujourd’hui. Car si toutes les sociétés se trouvent sans cesse confrontées depuis les origines au phénomène de l’apparition, suivie de la survivance-résurgence, des mythes, comment expliquer et cerner néanmoins les divers mécanismes susceptibles de générer, puis de faire évoluer en profondeur de telles traditions, en fait mystérieusement chargées partout de l’inexplicable pouvoir d’attraction dont Antonin Artaud disait qu’il constituait sans conteste « une force magique ». Dans son cas, il est vrai, n’était-il pas lui-même allé chercher cette envoûtante capacité de séduction sur l’esprit dans le théâtre balinais, ou les pratiques rituelles des indiens Tarahumaras ?
Qu’en est-il dès lors dans le présent, de l’existence, des fonctions, du devenir et de la destination des mythes ainsi répandus au fil des imaginaires collectifs les plus variés ? Car si l’on sait avec Mircea Eliade que, de toute antiquité, le mythe initialement épuré avait d’abord pour vocation sacrée de raconter, de « relater un événement ayant eu lieu dans le temps fabuleux des commencements », mais aussi qu’il avait pour mission « d’expliquer », parce qu’il constitue initialement « le récit d’une création », et pour rôle de « révéler », puisque « toute mythologie est une ontophanie » ; si l’on n’ignore pas à travers les définitions proposées par Gilbert Durand que « nous entendons par mythe un système dynamique de symboles, d’archétypes et de schèmes », lequel « sous l’impulsion d’un de ces schèmes tend à se composer en récit », toujours animé qu’il est par le dynamisme inhérent au récit linéaire ou non qu’il met en œuvre, il ne semble pas inutile de s’interroger à l’occasion de ce Colloque sur la nature des labyrinthiques relations souterraines établies dans le temps et l’espace par ce même système dynamique de symboles. Il sera donc judicieux de s’intéresser au caractère vivace du mythe dans le but d’en faire - ou d’en refaire - une lecture contemporaine, sans laisser de puiser à la source des traditions venues régulièrement l’alimenter de manière sous-jacentes au fil de son évolution spatio-temporelle, afin d’en redéfinir les nouveaux contours lors d’une « revisitation » effectuée une perspective « plurifacétique » constructive.
Les relations pourront dès lors être envisagées avec les Littératures, lesquelles s’alimentent de la mythologie, elle-même prise soit au sens étymologique de discours sur le mythe, soit dans son acception de discours codifié sur le mythe : ce dernier étant considéré, par exemple dans l’ensemble gréco-latin, comme « récit inspiré », « histoire sacrée » et développement ultérieur d’une première « création archétypale ». De ce point de vue, diverses approches sont souhaitées sur la base d’analyses scientifiques conduisant vers le statut de la narration et l’écriture des textes, qu’il s‘agisse de partir de traditions mythologiques d’hier, ou d’appuyer la réflexion sur des « mythes littéraires nouveau-nés », tels ces échos prestigieux que sont dans l’Occident moderne Tristan et Iseult, Don Juan, Don Quichotte, ou Faust. Mythes littéraires donc, que ceux-là, venus reprendre forme et sens dans le présent, en fonction de l’affirmation de Pierre Albouy : « Point de mythe littéraire sans palingénésie qui le ressuscite dans une époque dont il se révèle apte à exprimer les problèmes propres » ; ou encore « thèmes » mythiques, c’est-à-dire « concepts » saisis à travers une reprise effectuée selon des variations, tels, Abel et Caïn, Œdipe, Médée, illustrant l’opposition entre deux frères, l’amour incestueux, la femme trahie…
Mais relations également très étroites entre Littérature et Histoire sur la base, ensuite étendue, de la définition d’André Dabezies selon laquelle le mythe serait « une illustration symbolique et fascinante d’une situation humaine exemplaire pour telle ou telle collectivité ». Car cette affirmation relative aux « Visages de Faust au XXème siècle » ne vaudrait-elle pas, par exemple, avec Don Juan et Don Quichotte en Espagne, par delà l’époque au sein de laquelle chacune des silhouettes mythiques a vu le jour ? Viennent ainsi les diverses entrées du domaine civilisationnel et historique, avec les mythes politico-héroïques présent dans le temps et l’espace à travers certaines « figures historiques et mythiques » représentatives. Sur cette question, il conviendra certainement de se demander si ces dernières n’ont pas été retenues dans l’imaginaire collectif, mais aussi individuel, soit à cause d’une personnalité exceptionnelle, bien que peut-être magnifiée, historiquement prise puis reprise ensuite comme modèle à suivre, soit à partir de la conscience d’un destin hors du commun le plus souvent réutilisé pour servir plus tard de modèle de vie et de schéma d’action politique. Dans les deux cas, il faudra en outre s’interroger sur la nature et la signification de la réapparition, pour ne pas dire de la récupération à l’intérieur de telle ou telle société, de ces illustrations symboliques parfois devenues, d’Alexandre à Louis XIV et de César à Napoléon, objets d’une véritable fascination exercée sur un mode de comportement idéal à adopter, voire même à faire imposer dans le devenir de l’histoire des peuples. Sans perdre de vue que le sociologue et le politologue soulignent la présence, dans notre monde actuel comme dans le passé, d’images forces telles que le Progrès, la Race, la Machine, capables d’exercer une fascination collective assez comparable à celle des mythes primitifs.
Relations avec l’Art, aussi, à travers celles entretenues de longue date en ce domaine par la Musique, la Sculpture ou la Peinture, tandis que Pierre Brunel rappelle de son côté que lorsque le récit mythique est « élidé, il n’en reste plus que l’image peinte sur un vase grec », image qui est dans d’autres circonstances « celle qui affleure à la surface du texte littéraire (« Andromaque, je pense à vous »). Sans négliger bien sûr le rôle du Cinéma en la matière. Nul ne saurait en effet oublier dans cette autre perspective que « le Septième Art » s’est pour sa part à son tour emparé du mythe un beau jour, avec une caméra : oeil d’un objectif cette fois posé sur lui, devenu capable de l’animer tout en lui redonnant vie et sens, grâce à une nouvelle forme de récit basée sur une écriture cinématographique.
Enfin, les Linguistes sont conviés à leur tour, pour envisager les divers problèmes liés aux Mythes dans leurs relations au langage : Mythologies linguistiques et « babélisme », présence du langage dans la naissance des mythes, ou mythes et naissance du langage ; langage et discours dans les mythes : « la langue parfaite », « la langue et le discours mythique » , ou encore « mythes et textures langagières ».
En résumé, nombreux et variés seront les débats suscités lors du Colloque « Mythes, symboles et imaginaires collectifs », à partir des multiples interrogations soulevées dans le cadre des recherches menées : comment le mythe, fondateur ou non, s’intègre-t-il aujourd’hui dans la réflexion sur le concept d’identité envisagée comme construction historique, idéologique politique et culturelle à travers ses multiples représentations, réelles ou imaginaires ? Comment s’inscrit-il dans le cadre plus vaste d’une anthropologie culturelle privilégiant de multiples approches : poétiques, narratives, historiques, civilisationnelles, psychologiques, ethnologiques, sémiologiques, linguistiques, parmi d’autres ? Mais ce sont là autant de questions auxquelles les rencontres proposées lors des journées d’avril s’efforceront de répondre, dans la perspective d’une investigation pluridisciplinaire orientée autour du « Mythe » conçu comme objet d’étude interculturel privilégié.


Colloque international organisé par le CRINI (Centre de Recherche sur les Identités Nationales et l’Interculturalité). Responsable : Jocelyne Aubé-Bourligueux
Contact : Sophie Roulier (secrétariat du CRINI), Centre International des Langues, BP 81227, 44312 NANTES Cedex 3 ; tél  : 02 40 14 13 90 ; fax : 02 40 14 14 06 (crini@humana.univ-nantes.fr ou jocelyne.aube-bourligueux@humana.univ-nantes.fr)
Les projets seront sélectionnés par un comité de lecture, de même que la publication des Actes. Date limite de soumission : lundi 28 février 2005